FLASH Recherche : Évolution des indicateurs de violence au travail aux cinq cycles de l’ELOSMET
Ce FLASH Recherche présente les résultats préliminaires de l’évolution de la violence au travail chez les 7222 personnes de 98 milieux de travail ayant participé à l’Étude Longitudinale de l’Observatoire sur la santé et le mieux-être au travail (ELOSMET). Il s’agit d’une enquête en ligne débutée en 2019 qui est répétée chaque année pendant six ans. Elle aborde plusieurs dimensions de la santé et du mieux-être au travail, ainsi qu’un ensemble de conditions de travail, de situations de vie hors-travail et de caractéristiques personnelles.
La collecte de données du cycle-1 couvre la période 2019-2021 (n=3025), le cycle-2 2020-2022 (n=3500), le cycle-3 2021-2023 (n=2948), le cycle-4 2022-2024 (n=1786) et le cycle-5 2023-2025 (n=1583). Le taux de réponse a varié entre 37% et 63% selon le cycle. Le tableau suivant présente les principales caractéristiques sociodémographiques et du milieu de travail de cet échantillon.

La violence a été mesurée à l’aide de huit indicateurs, formulés sous forme de questions portant sur les situations vécues au cours des douze derniers mois dans le milieu de travail. Les questions couvrent différentes formes de violence, incluant les conflits interpersonnels (avoir eu une dispute avec quelqu’un, avoir été engueulé, traité impoliment ou blâmé par quelqu’un, ou encore avoir été la cible de la mauvaise humeur de quelqu’un) (Harvey et al., 2006). La violence couvre également le harcèlement, incluant le harcèlement à caractère physique (subir de la violence physique), psychologique (subir de l’intimidation) et sexuel (être l’objet de paroles ou de gestes à caractère sexuel non désirés) (Daveluy et al., 2000). Les résultats portent sur la prévalence des personnes ayant fait l’expérience de ces comportements de temps en temps, souvent ou très souvent.
Les Figure 1 et 2 présentent l’évolution de la violence au travail au cours des cinq cycles pour l’ensemble des répondants.


Les Figures 3 à 6 présentent l’évolution de la violence au travail chez les hommes et les femmes.




Les constats sont les suivants :
- Globalement :
- Les indicateurs de violence s’ordonnent en importance comme suit :
- 1. mauvaise humeur de quelqu’un (40,7%-52,0%)
- 2. impolitesse (34,2%-42,3%)
- 3. se disputer avec quelqu’un (26,2%-36,8%)
- 4. blâmé par quelqu’un (23,3%-29,6%)
- 5. engueulé par quelqu’un (11,2%-17,7%)
- 6. intimidation (9,5%-14,1%)
- 7, violence sexuelle (2,1%-2,5%)
- 8. violence physique (0,4%-0,7%)
- Entre le cycle 1 et le cycle 5, la prévalence des indicateurs de conflits interpersonnels ont diminué entre 6,3% (blâmé par quelqu’un) et 11,3% (mauvaise humeur de quelqu’un). La réduction de la prévalence du harcèlement psychologique (intimidation) a diminué de 4,6%, alors que la violence physique et sexuelle sont demeurées stables.
- La prévalence des indicateurs d’être la cible de la mauvaise humeur de quelqu’un, se disputer avec quelqu’un et subir de l’intimidation semble en augmentation arrivée au cycle 5.
- Les indicateurs de violence s’ordonnent en importance comme suit :
- Pour les différences selon le genre :
- Dans l’ensemble, les hommes et les femmes semblent se distinguer par une prévalence plus élevée pour les femmes de subir de la violence sexuelle, d’être la cible de la mauvaise humeur de quelqu’un et de vivre des impolitesses, alors que les hommes seraient plus fortement exposés à des disputes.
- L’évolution dans le temps des indicateurs de violence suggère une augmentation au cycle 5, pour les hommes, d’être la cible de la mauvaise humeur de quelqu’un, d’avoir eu une dispute avec quelqu’un et d’avoir été blâmé par quelqu’un. Pour les femmes, être la cible de la mauvaise humeur de quelqu’un et subir de l’intimidation sont en augmentation entre le cycle 4 et 5.
Conclusion
L’ELOSMET est menée auprès d’un grand nombre de travailleurs et travailleuses répartis dans plusieurs milieux de travail variés qui permet de dégager des tendances importantes quant à l’évolution de la violence en milieu de travail ainsi qu’à leurs variations selon le genre.
De manière générale et bien que préliminaires, les résultats mettent en évidence une diminution progressive des conflits interpersonnels et du harcèlement entre les cycles 1 et 4 (de 2019 à 2024), suggérant une amélioration du climat de travail au cours de cette période marquée par la pandémie de la COVID-19. Confinement, télétravail et travail hybride (présentiel-télétravail) ont assurément contribué à réduire les expositions à diverses formes de violence. Avec le retour en présentiel qui s’intensifie après le cycle 3, certains comportements semblent se réinstaller plus fortement dans le quotidien du milieu de travail, tel que la mauvaise humeur, la tendance à blâmer, à se disputer et à intimider. Cette légère recrudescence observée n’annule pas les gains réalisés antérieurement mais émet un signal d’alarme. La prévalence des conflits interpersonnels et du harcèlement au travail demeure très importante. Il est possible de calculer avec les données de l’ELOSMET que d’avoir été exposé à l’un ou l’autre des huit indicateurs de violence touchait 68,5% des personnes en 2019-2021 et 58,5% en 2023-2025. Les femmes avaient une prévalence de 6%-7% plus importante que celle des hommes.
Les résultats présentés ici ne permettent pas, bien sûr, d’identifier les facteurs en cause des fluctuations. Cette hausse pourrait être associée à des changements contextuels ou organisationnels survenus récemment, dont le retour en présentiel. Elle pourrait également correspondre à une plus grande propension des individus à reconnaître et à rapporter ce type d’expériences. Avec la modernisation du régime de santé-sécurité du travail québécois, la reconnaissance des risques psychosociaux, comme la violence au travail, sera un puissant levier pour maximiser les efforts de prévention dans cette direction
Les analyses selon le genre indiquent que les travailleuses et travailleurs présentent des trajectoires d’augmentation et de diminution globalement similaires à travers le temps, mais les femmes semblent être, globalement, davantage affectées que les hommes. Néanmoins, des différences semblent apparaître selon le type de violence, révélant des profils distincts. Ces constats soutiennent que les travailleurs et travailleuses ne sont pas exposées aux mêmes forment de violence en milieu de travail. Ces profils distincts mettent en lumière l’importance d’adopter une approche adaptée dans la compréhension et la prévention des risques psychosociaux, notamment en ce qui a trait à la violence au travail.
En sommes, les résultats du présent Flash recherche mettent en évidence que la violence au travail constitue un problème majeur pouvant affecter une fraction importante de personnes dans une organisation et que la manière dont se vit les conflits interpersonnels et le harcèlement au travail diffère selon le genre.
Références
Daveluy, C. L. N. R., Pica, L., Audet, N., Courtemanche, R. et Lapointe, F. (2000). Enquête sociale et de santé 1998 Québec.
Harvey, S., Blouin, C. et Stout, D. (2006). Proactive personality as a moderator of outcomes for young workers experiencing conflict at work. Personality and Individual Differences, 40(5), 1063-1074.
Site web: https://www.osmet.umontreal.ca/
À propos de l’OSMET
L’Observatoire sur la santé et le mieux-être au travail (OSMET) est né d’une collaboration avec la Faculté des arts et sciences, l’Institut de recherche en santé publique (aujourd’hui devenu le Centre de recherche en santé publique) et l’École de relations industrielles de l’Université de Montréal. L’OSMET bénéficie du soutien financier de trois partenaires fondateurs : TELUS santé, Medavie et Pratt & Whitney Canada.
La collection Flash Recherche de l’OSMET
- La santé mentale au Cycle 5 : Contribution des facteurs du travail, hors-travail et individuels. Novembre 2025. https://www.osmet.umontreal.ca/flash-recherche-contribution-des-facteurs-du-travail-hors-travail-et-individuels/
- Évolution des indicateurs de santé mentale aux cinq cycles de l’ELOSMET. Juin 2025. https://www.osmet.umontreal.ca/flash-recherche-evolution-des-indicateurs-de-sante-mentale-aux-cinq-cycles-de-lelosmet/
- Comment ça va la santé mentale des cadres ? Décembre 2024. https://www.osmet.umontreal.ca/flash-recherche-comment-ca-va-la-sante-mentale-des-cadres/
- Évolution des indicateurs de santé mentale aux quatre premiers cycles de l’ELOSMET. Octobre 2024. https://www.osmet.umontreal.ca/flash-recherche-evolution-des-indicateurs-de-sante-mentale-aux-quatre-premiers-cycles-de-lelosmet/
- La santé mentale au Cycle 4 : Contribution des facteurs du travail, hors-travail et individuels. Juillet 2024. https://www.osmet.umontreal.ca/flash-recherche-la-sante-mentale-au-cycle-4-contribution-des-facteurs-du-travail-hors-travail-et-individuels/
- La santé mentale au Cycle 3 : Contribution des facteurs du travail, hors-travail et individuels. Décembre 2023. https://www.osmet.umontreal.ca/flash-recherche-la-sante-mentale-au-cycle-3-contribution-des-facteurs-du-travail-hors-travail-et-individuels/
- L’évolution des indicateurs de santé mentale dans les trois premiers cycles de l’ELOSMET. Juillet 2023. https://www.osmet.umontreal.ca/flash-recherche-levolution-des-indicateurs-de-sante-mentale-dans-les-trois-premiers-cycles-de-lelosmet/
- Prévalence des problèmes de santé mentale en milieux de travail pendant la COVID-19: les résultats du Cycle 2 de l’ELOSMET. Novembre 2022 https://www.osmet.umontreal.ca/flash-recherche-prevalence-des-problemes-de-sante-mentale-en-milieux-de-travail-pendant-la-covid-19-les-resultats-du-cycle-2-de-lelosmet/
- La santé mentale au Cycle 2 de l’ELOSMET. Octobre 2022. https://www.osmet.umontreal.ca/flash-recherche-la-sante-mentale-au-cycle-2-de-lelosmet/
- Les meilleures pratiques pour intervenir et diminuer les problèmes de santé mentale au travail. Mai 2022. https://www.osmet.umontreal.ca/publications/flash-recherche/flash-recherche-les-meilleures-pratiques-pour-intervenir-et-diminuer-les-problemes-de-sante-mentale-au-travail/
- Détresse psychologique et épuisement professionnel : Contribution des facteurs du travail, hors-travail et individuels. Octobre 2021. https://www.osmet.umontreal.ca/flash-recherche-detresse-psychologique-et-epuisement-professionnel-contribution-des-facteurs-du-travail-hors-travail-et-individuels/
- Portrait de l’implantation des pratiques de gestion de la santé et du mieux-être au travail. Juin 2021. https://www.osmet.umontreal.ca/publications/flash-recherche/flash-recherche-les-pratiques-de-gestion-de-la-sante-et-du-mieux-etre-au-travail/
- Importance des problèmes de santé mentale en milieux de travail avant et pendant la crise de la COVID-19 : Les premiers résultats du cycle-1 de l’ELOSMET. Janvier 2021. https://www.osmet.umontreal.ca/publications/flash-recherche/flash-recherche-la-sante-mentale-en-milieux-de-travail-en-temps-de-pandemie/
- Absentéisme et pratiques de gestion de la santé et du mieux-être au travail. Octobre 2020. https://www.osmet.umontreal.ca/publications/flash-recherche/flash-recherche-labsenteisme-et-les-pratiques-de-gestion-en-sante-et-mieux-etre-au-travail/
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Ce contenu a été mis à jour le 3 mai 2026 à 21h27.
